Gastronomie & Saveurs 3 novembre 2026 9 min de lecture
Les 12 spécialités à goûter à Essaouira, et lesquelles ne se mangent qu'ici

Tous les guides donnent la même liste : tajine, couscous, thé à la menthe. Le problème, c'est qu'on mange cela de Tanger à Ouarzazate. Essaouira a ses propres plats, quatre que l'on ne trouve nulle part ailleurs, un produit que sa région est seule à fabriquer, et un port qui décide du menu de la ville chaque matin. Voici les douze choses à goûter ici, le jour et l'heure où les chercher, et quatre idées reçues à laisser au vestiaire.
Sommaire
- Ce que le port débarque vraiment, et ce que ça change dans votre assiette
- Les quatre plats qu'on ne mange qu'ici
- Les huit autres, et comment les reconnaître
- L'huile d'argan de table n'est pas celle de la salle de bains
- Le bon plat à la bonne heure
- La semaine gourmande, jour par jour
- Quatre idées reçues à laisser au vestiaire
- Les cuisiner soi-même plutôt que les commander
Ce que le port débarque vraiment, et ce que ça change dans votre assiette
Essaouira vit de la pêche avant de vivre du tourisme, et cela se lit dans les chiffres. À fin avril 2026, la pêche côtière et artisanale avait débarqué 4 572 tonnes au port, pour 64,4 millions de dirhams (Office national des pêches, chiffres relayés par Hespress le 22 mai 2026). La répartition explique tout le reste.
Poissons pélagiques, famille de la sardine3 380 t
Part du poids : 74 %
Valeur : 16,1 MDH
Part de la valeur : 25 %
Prix moyen de première vente : environ 4,75 Dhs le kilo
Poissons blancs655 t
Part du poids : 14 %
Valeur : 19,1 MDH
Part de la valeur : 30 %
Prix moyen de première vente : environ 29 Dhs le kilo
Crustacés442 t
Part du poids : 10 %
Valeur : 23,3 MDH
Part de la valeur : 36 %
Prix moyen de première vente : environ 53 Dhs le kilo
Céphalopodes94 t
Part du poids : 2 %
Valeur : 5,9 MDH
Part de la valeur : 9 %
Prix moyen de première vente : environ 62 Dhs le kilo
La dernière colonne n'est ni un prix d'étal ni un prix de restaurant : ce sont des moyennes de première vente, obtenues en divisant la valeur par le tonnage publiés par l'ONP. Elles disent une chose simple. Le poisson le plus abondant du port est aussi le moins cher, et c'est lui qui a fait la réputation de la ville : trois quarts du poids, un quart de la valeur. Les crustacés font l'inverse, un dixième du poids et plus du tiers de la valeur. Pour voir d'où sort tout cela, la pêche traditionnelle se pratique encore ici en barque bleue, et notre journée entre mer et terres montre les deux bouts de la chaîne.
Les quatre plats qu'on ne mange qu'ici
Ceux-là, cherchez-les ailleurs au Maroc, vous ne les trouverez pas.
- Le congre à la sauce sucrée. L'office de tourisme de la ville le cite comme une spécialité souirie, et c'est le plat le plus inattendu de la liste : un poisson long et dense, mijoté dans une sauce sucrée aux oignons. Presque jamais à la carte des terrasses de la place Moulay Hassan. Demandez-le dans les petites adresses de la médina, et acceptez qu'on vous réponde non : il dépend de l'arrivage.
- Le tajine souiri à la chèvre et à l'huile d'argan. La chèvre plutôt que l'agneau, parce que c'est l'animal de l'arrière-pays sec, et l'huile d'argan en finition plutôt qu'à la cuisson. C'est la rencontre de la côte et de l'arganeraie, et le plat qui justifie une journée dans les terres, du côté des souks ruraux ou de l'oasis d'Aïn Lahjer.
- Le tajine de boulettes de sardines. La sardine désarêtée, hachée avec coriandre, cumin, ail et paprika, roulée en boulettes et pochée dans une sauce tomate. Le tour de force de la cuisine souirie : faire du poisson le moins cher du port un plat qui se partage.
- L'amlou. Amandes grillées pilées, huile d'argan alimentaire, miel. Trois ingrédients régionaux, un petit-déjeuner qui tient jusqu'au déjeuner, et le souvenir le plus sérieux à rapporter d'ici.
Les huit autres, et comment les reconnaître
Les suivantes se mangent partout au Maroc, simplement mieux ici, parce que la matière première est à dix minutes.
- Les sardines grillées, sur les braises, avec du pain et une salade d'herbes, place Moulay Hassan et sur les étals du port.
- Le couscous du vendredi, aux sept légumes ou sucré salé, aux oignons caramélisés et aux raisins. Les savoirs liés au couscous sont au patrimoine immatériel de l'UNESCO depuis le 16 décembre 2020, sur candidature commune du Maroc, de l'Algérie, de la Mauritanie et de la Tunisie.
- Le zaalouk, purée d'aubergine fumée à l'ail et au cumin, et la taktouka, tomates et poivrons grillés : les deux salades cuites qui arrivent avant tout le reste.
- Les briouates, triangles croustillants au poisson, au fromage ou à la viande, frits à la commande.
- L'huile d'argan de table, à ne pas confondre avec sa cousine cosmétique : voir la section suivante.
- Le msemen et la harcha, feuilleté et galette de semoule, puis la bissara, soupe de fèves qui ne se sert bien qu'en hiver : le petit-déjeuner des jours de grand vent.
- Les cornes de gazelle et les ghribas, amande et sésame. Celles d'Essaouira portent la trace de la pâtisserie judéo-marocaine de l'ancienne Mogador, une influence que l'office de tourisme revendique.
- Le thé à la menthe, au gunpowder chinois : le Maroc est le premier importateur mondial de thé vert de Chine.
Congre à la sauce sucréeSalé sucré
Quand la chercher : Selon l'arrivage, plutôt le soir
Propre à Essaouira : Oui
Tajine souiri à la chèvreSalé
Quand la chercher : À midi, surtout dans les terres
Propre à Essaouira : Oui
Boulettes de sardinesSalé
Quand la chercher : Toute l'année
Propre à Essaouira : Oui
AmlouSucré
Quand la chercher : Au petit-déjeuner, toute l'année
Propre à Essaouira : Région de l'arganeraie
Sardines grilléesSalé
Quand la chercher : Début d'après-midi, après la vente
Propre à Essaouira : Non, mais nulle part aussi fraîches
CouscousSalé sucré
Quand la chercher : Le vendredi à midi
Propre à Essaouira : Non
Zaalouk et taktoukaSalé
Quand la chercher : Toute l'année, en entrée
Propre à Essaouira : Non
BriouatesSalé
Quand la chercher : Toute l'année
Propre à Essaouira : Non
Huile d'argan alimentaireSalé sucré
Quand la chercher : Toute l'année
Propre à Essaouira : Région de l'arganeraie
Msemen, harcha, bissaraSalé
Quand la chercher : Le matin, la bissara en hiver
Propre à Essaouira : Non
Cornes de gazelle et ghribasSucré
Quand la chercher : Toute l'année, avec le thé
Propre à Essaouira : Influence souirie
Thé à la mentheSucré
Quand la chercher : À toute heure
Propre à Essaouira : Non
L'huile d'argan de table n'est pas celle de la salle de bains
C'est l'erreur d'achat la plus fréquente de la médina, et la plus facile à éviter. Pour l'huile alimentaire, les amandons sont torréfiés avant pressage : elle est plus foncée, elle sent la noisette grillée, et elle ne se cuit pas, elle s'ajoute en fin de plat. L'huile cosmétique, plus claire, n'est pas faite pour le pain. Goûtez avant d'acheter, et méfiez-vous d'un flacon qui ne sent rien.
Le prix s'explique par le travail : environ 38 kilos de fruits, soit 2,6 kilos d'amandons, pour un litre d'huile. Et l'arganier ne pousse qu'ici. L'UNESCO a classé l'arganeraie réserve de biosphère en 1998 et inscrit les savoir-faire qui lui sont liés au patrimoine immatériel en 2014 ; les Nations unies ont institué une Journée internationale de l'arganier le 10 mai, par la résolution A/RES/75/262 de 2021, portée par le Maroc et coparrainée par 113 États. Une matinée dans la forêt d'arganiers en apprend plus que dix boutiques, l'huile de soin se comprend mieux du côté des traditions de bien-être, et le travail des coopératives de femmes se lit dans l'atelier de broderie solidaire et son histoire.
Le bon plat à la bonne heure
Ici, l'horaire compte autant que l'adresse.
- Le matin, les barques rentrent : c'est l'heure du msemen, de la harcha et du thé, pas celle du poisson grillé.
- En début d'après-midi se tient la vente du poisson fraîchement débarqué. Les étals du quai sont alors les mieux garnis, et les grilleurs cuisent ce que vous venez de choisir.
- Le vendredi à midi, les familles s'installent pour le couscous après la prière. Beaucoup de petites adresses ne servent que cela.
- En fin d'après-midi, le thé. Ni dessert ni digestif : il se boit à toute heure, et il accompagne les pâtisseries plutôt qu'il ne les suit.
- Le soir, la ville mange tard. Avant de passer à table, notre guide du coucher de soleil donne l'heure exacte mois par mois. Hors les murs, le dîner berbère sur la plage est la façon la plus simple de manger face à l'océan, sur l'une des plages des alentours. Notre formule repas berbère sur la plage sert une entrée marocaine, un plat au choix et un dessert de fruits sous tente, à 350 Dhs par adulte et 200 Dhs pour un enfant de moins de 12 ans, transport non compris.
Le port se rejoint à pied par Bab el Marsa, et il n'y a pas de carte : on choisit sur la glace et on paie au poids. La visite de la médina passe par les souks alimentaires, et un hammam est la suite logique d'un déjeuner qui a duré.
La semaine gourmande, jour par jour
Les souks des villages ne se tiennent pas tous les jours, les ateliers non plus. Ce tableau évite de perdre une matinée.
Lundi
Ce qui se passe : Port actif, pas de souk rural
Ce que l'on peut faire : Atelier de cuisine marocaine
Mardi
Ce qui se passe : Marchés de la médina
Ce que l'on peut faire : Atelier de pâtisserie orientale, l'après-midi
MercrediSouk d'Ida Ougourd
Ce que l'on peut faire : Atelier des saveurs, autour de l'amlou
JeudiSouk de Tidzi
Ce que l'on peut faire : Atelier de pâtisserie orientale
Vendredi
Ce qui se passe : Couscous en famille après la prière
Ce que l'on peut faire : Atelier des saveurs
SamediSouk d'Akermoud
Ce que l'on peut faire : Les trois ateliers sont possibles
Dimanche
Ce qui se passe : Souks de Had Draa et de Smimou
Ce que l'on peut faire : Journée de marché, sans atelier
Ils sont à une demi-heure ou une heure de route, avec un transfert privé ou une voiture de location. Notre sortie marchés part entre 9 h et 9 h 30 : 300 Dhs par personne en demi-journée, 600 Dhs en journée complète avec déjeuner chez une famille, moitié prix pour les moins de 12 ans, et un atelier de cuisine à 200 Dhs sur certains marchés. Hors saison, ils sont plus calmes. Pendant un festival, ce calendrier bouge : notre calendrier des festivals donne les dates à vérifier avant de caler une journée de souk.
Quatre idées reçues à laisser au vestiaire
- La tangia et la pastilla au pigeon ne sont pas souiries. La première est de Marrakech, la seconde de Fès. Ici, la pastilla se fait au poisson, et c'est très bien ainsi. Notre portrait de la ville en 2026 replace ce qui est vraiment local, et notre comparatif avec Agadir dit où chacune des deux villes gagne.
- Le couscous ne se trouve pas tous les jours. C'est un plat de vendredi, et beaucoup de visiteurs repartent déçus d'avoir cherché le mauvais jour.
- Le poisson le plus cher n'est pas le meilleur. À quatre dirhams et quelques le kilo à la première vente, la sardine est le produit le plus abondant et le plus frais du port. Pour le budget d'une journée, repas compris, notre relevé de prix réels fait le compte.
- Le thé n'est pas toujours à la menthe. En hiver, il se parfume à l'absinthe, à la verveine ou à la sauge selon la maison. Demandez ce qu'il y a dans la théière, et choisissez votre saison avec notre guide quand partir.
Les cuisiner soi-même plutôt que les commander
Goûter est une chose, comprendre en est une autre. Nos ateliers culinaires couvrent les trois registres de cette liste. C'est aussi le meilleur plan B d'une journée de pluie.
- L'atelier de cuisine marocaine, environ quatre heures, du lundi au samedi de 10 h 30 à 14 h 45 : zaalouk, briouates, tajine et couscous selon le marché du jour,600 Dhs par personne dès 12 ans, plus 200 Dhs pour un accompagnant qui se joint au repas et au souk.
- L'atelier de pâtisserie orientale, deux heures les mardi, jeudi et samedi de 15 h 30 à 17 h 30 : cornes de gazelle et ghribas,300 Dhs dès 8 ans.
- L'atelier des saveurs, deux heures les mercredi et vendredi : celui de l'amlou, que l'on prépare et que l'on rapporte dans son pot,350 Dhs dès 12 ans.
Avec un enfant plus jeune que ces âges minimum, notre guide Essaouira avant 3 ans dit ce qui reste ouvert.
Notre article sur les ateliers culinaires détaille chaque séance, et le guide des trois jours montre où les glisser. Les familles verront notre guide famille et sa version été, les curieux de gestes Essaouira ville d'artistes et l'atelier de poterie, puisque le plat à tajine se fabrique encore à la main à quelques rues de là. Notre guide du stage de poterie raconte ce qu'on y apprend vraiment, du modelage au raku. Et retenez le rythme : Essaouira est une destination de slow travel avant d'être une destination gastronomique. Un plat, une théière, deux heures.
Vous savez quoi commander, quel jour et à quelle heure. Reste à mettre les mains dans la semoule.










